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Opéra : une version quasi intégrale de Don Carlos à l'Opéra de Lyon
Donner la version française de Don Carlos dans une quasi intégralité, sur les pas de la production remarquée de l'Opéra de Paris en début de saison, tenait de la gageure. La comparaison ne tourne nullement au désavantage de la capitale des Gaules. Car voilà bien une représentation passionnante comme on en rêve ! Qui se paie le luxe même de restaurer le ballet de la reine «  La Peregrina  » et toute la substance de plusieurs duos raccourcis ou coupés par Verdi lors des remaniements successifs de l'œuvre. Cette production sacre le talent hors pair d'un jeune chef, Daniele Rustioni, chef permanent de l'Opéra de Lyon.
...L'aspect musical est plus remarquable encore. Et avant tout, la direction flamboyante de Daniele Rustioni. Rarement a-t-on entendu cette partition sonner avec des accents si naturellement verdiens, avec son panel de nuances inouïes, du fortissimo martelé aux effets caressés. Comme un Claudio Abbado naguère, pas mince compliment !   Qu'un Orchestre de l'Opéra de Lyon métamorphosé offre tour à tour enflammés et lustrés. Cette coulée orchestrale est bien le personnage pivot et guide les personnages. 

Concert : Attila, autre réussite du festival Verdi de l'Opéra de Lyon
Autre volet du Festival Verdi organisé par l'Opéra de Lyon, Attila était donné en version de concert à l'Auditorium. Une distribution de haut vol et la direction ardente de Daniele Rustioni en ont fait un moment fastueux.
...Tous ces éléments, la présente exécution concertante les magnifie. A commencer par la direction de Daniele Rustioni dont la sincérité ne se dément pas une seconde. Comme remarqué la veille dans Don Carlos, le chef italien possède les codes de cette musique dont il fait siennes les moindres inflexions. Ici le souffle épique, là la puissance martiale, mais aussi la magie de telle tournure mélancolique que permet un instrumentarium particulier. Comme celui unissant, lors de la cavatine d'Odabella à l'acte I, flûte, cor anglais, harpe et violoncelle. Tout cela. Rustioni l'achève par l'élasticité de la battue, le sens des proportions, la savante fluctuation du tempo, légèrement poussé le cas échéant pour décupler l'impact dramatique. La complicité avec les chanteurs est palpable : il les soutient de souple manière, tout en tenant sûrement les rênes. L'Orchestre de l'Opéra de Lyon est encore une fois à son meilleur, confirmant la qualité superlative décelée la soirée précédente dans un Verdi autrement plus ambitieux. La patte est aussi brillante et colorée comme l'articulation magistrale dans cette pièce plus sonnante. Il en va de même des Chœurs maison qui sont ici sollicités dans tous les registres, souvent par groupe, figurant les divers ensembles protagonistes, Huns, Ostrogoths, Ermites, prêtresses, etc. 

ON Magazine, Jean-Pierre Robert

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