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Nabucco - Lyon

C’est désormais une tradition : chaque automne depuis plusieurs années, l’Opéra de Lyon et le Théâtre des Champs-Élysées proposent en coproduction un opéra en version de concert. Après Attila l’année dernière, opéra peu connu du grand public, c’est à l’inverse, avec Nabucco, le plus célèbre des opéras de Verdi qui est au programme de cette année. Triomphe absolu lors de sa création, l’œuvre suscite régulièrement l’enthousiasme du public. La soirée de lundi ne déroge pas à la règle. Malgré la déception causée par la défection de Leo Nucci pour raisons de santé, le public lyonnais savait que la soirée serait belle, ne serait-ce que dans la perspective d’entendre à nouveau dans ce répertoire l’Orchestre de l’Opéra de Lyon sous la baguette de son chef principal, Daniele Rustioni.

Comblé, le public l’est à plusieurs titres. D’abord par la direction brillante d’un chef qui s’est formé à Milan, et dont l’énergie communicative transmet aux musiciens et aux chœurs toute la fougue du jeune Verdi mais aussi la subtilité de ses nuances, sans gommer ce que certains passages peuvent avoir de clinquant. Spectacle à part entière, la direction de Rustioni est une prouesse physique que la version de concert rend visible.

On aura rarement entendu de manière aussi précise chaque instrument de l’orchestre, les ensemble de cuivres, les solos de flûte et de cor anglais, le magnifique ensemble de violoncelles pour la prière de Zacharie, au point que même le passage le plus populaire de l’opéra, le fameux chœur « Va pensiero », semble inséré dans une trame orchestrale aux sonorités nouvelles, imposant à l’oreille le son plaintif et répété des instruments. Autre signe de cette réussite musicale : le chœur des esclaves n’est pas pour autant un morceau à part, érigé en sommet de l’œuvre ou en « clou » du spectacle. Plus émouvant que brillant, il est à sa juste place, parmi les autres chœurs qui ponctuent l’opéra, dans une cohérence de lecture qui fait percevoir tout le génie dramatique de Verdi. Il faut saluer ici, une fois de plus, outre l’intelligence de la direction musicale, la perfection du travail des Chœurs de l’Opéra de Lyon.

Fabrice Malkani, Forum Opera

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