REVIEWS | Olyrix

Le Nabucco de Lyon s’acclimate avec grand succès à Paris!

Les forces de l’Opéra national de Lyon, dirigées par Daniele Rustioni, présentent au public du Théâtre des Champs-Élysées leur lecture du Nabucco de Verdi. Une soirée remportant un énorme succès, grâce à une direction flamboyante et un plateau remarquablement équilibré.

Les premiers Verdi sont particulièrement difficiles à réussir : fougueux, souvent hautement inspirés, ils comportent quelques pages pouvant parfois paraître un peu faciles ou frustes lorsque le chef et/ou l’orchestre saisissent mal les enjeux esthétiques ou dramatiques des œuvres. Ce n’est pas le cas lorsque Daniele Rustioni est aux commandes : après Attila et Macbeth l’an dernier, ce Nabucco confirme les affinités entre le chef italien et ce répertoire. D’une concentration et d’une implication permanentes, Daniele Rustioni semble habité par cette musique, sachant tirer de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Lyon -au mieux de leur forme- des couleurs chatoyantes, recueillies, agressives, pathétiques, dramatiques, en fonction des situations particulièrement contrastées offertes par le livret. Sous sa baguette, le rythme ternaire de l’air d’entrée de Zaccaria n’évoque pas une valse (pour le moins exotique dans la Jérusalem biblique !), mais la sérénité tranquille du grand prêtre réconfortant les fidèles. De même, le finale de la première partie perd le caractère sautillant qu’il revêt parfois pour retrouver le caractère urgent, menaçant et agressif qui est le sien. N’était une infime coupure dans les dernières mesures de l’orchestre concluant l’air d’Abigaille, Daniele Rustioni, fort heureusement, fait entendre l’intégralité de la partition, reprises des cabalettes de Zaccaria et d’Abigaille incluses (très discrètement ornées de délicates variations). Dans cette œuvre suscitant parfois certains excès, le chef fait preuve de goût et de mesure : il exprime la fureur sans hystérie, la tendresse sans mièvrerie, la grandeur sans emphase –et inscrit par ailleurs la partition dans une juste progression historique, trait d’union entre le bel canto du Rossini sérieux, de Bellini ou de Donizetti et les chefs d’œuvre de la maturité.

Daniele Rustioni dirige amoureusement une équipe de chanteurs dont la première caractéristique est la très grande homogénéité ...

...De fait, il ne reste qu'à espérer que l’Opéra de Lyon et son chef continuent d’explorer le répertoire du jeune Verdi pour en faire profiter les publics lyonnais et parisiens dans ce qui s’apparente dorénavant à un rendez-vous annuel très attendu !

Stéphane Lelièvre, Olyrix

D R